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Qui doit piloter un programme de transformation digitale ?

Insights/ Transformation digitale / Gouvernance & modèle opératoire

08 nov. 2022 - 06 min de lecture

Qui doit piloter un programme de transformation digitale ?
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Pourquoi l’ambiguïté du leadership est ce qui tue vraiment les programmes de transformation

La plupart des transformations qui s’enlisent ne capotent ni à cause de la stratégie, ni à cause de la technologie. Elles capotent parce qu’un mardi quelconque, trois personnes dans la salle pensent que c’est quelqu’un d’autre qui va trancher, et la décision ne vient jamais. Les budgets sont engagés, les prestataires choisis, les tableaux de bord construits, mais chaque arbitrage important attend une réunion qui ne cesse d’être reportée.

Cet article reprend la question du leadership de façon concrète : qui sponsorise, qui détient l’enjeu, qui pilote le programme, qui livre, et à quoi sert exactement chacun de ces rôles. L’objectif n’est pas de remplir un organigramme. C’est de garantir qu’au moment où il faudra trancher, sur le périmètre, le séquencement ou un arbitrage difficile, une seule personne, nommément désignée, ait la responsabilité de le faire.

Les quatre rôles dont toute transformation a réellement besoin

Un programme de transformation digitale a besoin de quatre sièges distincts autour de la table. Une même personne peut en occuper deux dans une organisation modeste, mais les sièges eux-mêmes ne peuvent pas être supprimés.

Le sponsor est l’exécutif qui possède le pourquoi. Le plus souvent le directeur général, le directeur exécutif ou un membre du conseil ayant une vraie autorité opérationnelle. Son rôle n’est pas d’assister à toutes les réunions ; c’est d’engager publiquement l’organisation sur le résultat attendu, de défendre le périmètre quand les budgets se tendent, et de débloquer les décisions que personne en dessous ne peut débloquer. Sans sponsor nommé, doté d’une véritable autorité, le programme dérive dès qu’une autre urgence surgit.

Le responsable redevable est la personne senior qui possède le quoi. Elle est rattachée à la partie de l’organisation qui se transforme, opérations, réseau terrain, P&L, portefeuille de programmes. Cette personne a l’autorité de faire les arbitrages (ce qu’on priorise, ce qu’on abandonne, qui arrête de faire quoi) et porte personnellement la responsabilité du résultat. Ce rôle ne se loge presque jamais dans la DSI seule.

Le pilote du programme possède le comment. Il tient la cadence opératoire : dépendances, risques, comité de pilotage, rythme des décisions. Il dispose d’une autorité déléguée d’agir à l’intérieur d’un cadre convenu, et de la légitimité d’escalader quand un sujet en sort. C’est souvent un Chief Digital Officer, un directeur de la transformation, ou un chef de programme externe expérimenté, mais le rôle compte plus que le titre.

Les responsables de delivery possèdent le faire. Ingénierie, data, conduite du changement, communication, formation. Ils mènent le travail réel, contre un périmètre clair et des critères d’acceptation clairs. Ce ne sont pas eux qui décident de ce qui change ; ce sont eux qui font atterrir le changement.

Pourquoi ni la DSI seule, ni le métier seul, ne peuvent piloter

Un schéma fréquent consiste à confier l’ensemble du programme à la DSI et à parler d’« initiative digitale ». C’est rapide, ça paraît décisif, et ça produit presque toujours un portefeuille d’outils modernisés que personne n’adopte vraiment. La DSI peut construire, intégrer, exploiter, mais elle ne peut pas décider quel résultat métier prime sur un autre, et il ne faut pas le lui demander.

Le schéma inverse est tout aussi courant : un département métier « possède la transformation » et la DSI est traitée comme un prestataire qu’on commande. Les décisions se prennent sans le contexte technique nécessaire pour qu’elles tiennent. Les architectures se fragmentent, la dette technique s’accumule, et deux ans plus tard, le système censé porter le changement est précisément ce qui le bloque.

Le leadership fonctionnel doit être appairé. Le responsable redevable est dans le métier ; le pilote du programme fait le pont entre métier et technologie ; les responsables de delivery couvrent les deux côtés ; le sponsor se tient au-dessus. Aucun de ces rôles n’est optionnel, et aucun n’est interchangeable.

À quoi ressemble un leadership solide en pratique

Quelques signaux séparent les transformations qui avancent réellement de celles qui font juste beaucoup d’activité. Le sponsor est nommé par écrit, une personne, pas un comité. Le responsable redevable a l’autorité d’arrêter un chantier qui ne sert plus l’objectif, et l’utilise. Le comité de pilotage est restreint (cinq à sept personnes, pas vingt), se réunit à un rythme fixe, et termine chaque séance par des décisions, pas par des reportings.

La délégation est publique. Quand le sponsor annonce à l’organisation que le pilote du programme peut engager jusqu’à un certain montant, valider certains arbitrages ou ajuster le séquencement sans repasser par la case décision, cette délégation est annoncée, pas chuchotée. L’autorité du pilote devient alors réelle, parce que tout le monde l’a entendue.

Et la repriorisation est régulière. Chaque trimestre, le comité de pilotage revoit le périmètre en fonction de ce que l’organisation a réellement appris. C’est la pratique de gouvernance la plus importante, parce qu’une transformation qui ne sait pas abandonner du travail aussi facilement qu’elle en ajoute finit par s’effondrer sous son propre poids. Les schémas qui tiennent dans la durée, et ceux qui ne tiennent pas, sont détaillés dans les modèles de gouvernance qui fonctionnent.

Le cas des ONG, des institutions publiques et des entreprises dirigées par leur fondateur

Dans les ONG et les organisations internationales, une ligne de redevabilité supplémentaire remonte vers les bailleurs. Le sponsor doit malgré tout rester à l’intérieur de l’organisation, et non au niveau du bailleur, sinon le programme s’arrête le jour où le financement s’arrête. Le reporting bailleur est une contrainte avec laquelle composer, pas un substitut au leadership.

Dans les institutions publiques, le leadership tourne au rythme des cycles politiques. Le sponsor réaliste est souvent un haut fonctionnaire permanent plutôt qu’un nommé politique, avec le sponsor politique qui apporte la couverture stratégique. Sans cet appariement, les programmes perdent leur propriétaire à chaque élection.

Dans les entreprises dirigées par leur fondateur, l’écueil le plus courant est l’inverse : le fondateur conserve informellement toutes les décisions, même après avoir délégué le titre. La transformation ne devient réelle que lorsque la délégation est publique et que le fondateur s’efface visiblement devant le responsable nommé sur les arbitrages opérationnels. Tant que ce n’est pas le cas, le pilote du programme fait de la gestion de projet sans autorité.

Conclusion

La réponse honnête à « qui doit piloter un programme de transformation digitale » est qu’aucune personne unique ne devrait le faire, mais que quatre sièges nommés doivent être occupés, par écrit, avec une autorité réelle et une délégation visible. Les organisations qui réussissent sur ce point ne sont pas celles qui ont le CDO le plus senior ou le sponsor le plus bruyant. Ce sont celles où, un mardi quelconque, la prochaine décision difficile a un seul propriétaire identifié.

Le contexte plus large, séquencement, modèles de gouvernance, évolution de chacun de ces rôles dans la vie d’un programme, est rassemblé dans le cluster transformation digitale. Et lorsque la question passe de « qui doit piloter » à « les rôles sont nommés, il nous manque quelqu’un pour tenir réellement la cadence opératoire », c’est exactement ce sur quoi mon accompagnement gestion de projet et stratégie digitale est construit.

- Haja Faniry

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