Les modèles de gouvernance qui fonctionnent pour la transformation digitale
Insights/ Transformation digitale / Gouvernance & modèle opératoire
06 déc. 2022 - 07 min de lecture

Pourquoi aucun modèle de gouvernance unique ne convient à toutes les transformations
La plupart des discussions sur la gouvernance de la transformation partent d’une mauvaise prémisse, qu’il existe une structure correcte unique, et qu’il suffit à l’organisation de la trouver. Elle n’existe pas. Une ONG de 200 personnes n’a pas besoin d’un transformation office. Une banque de 40 000 collaborateurs ne peut pas fonctionner sur un comité de pilotage qui se réunit une fois toutes les six semaines. Le modèle doit s’adapter à la taille de l’organisation, à la maturité de ses fonctions de delivery et à l’ambition réelle de ce qui est en train de changer.
Cet article passe en revue les quatre modèles de gouvernance entre lesquels la plupart des organisations finissent par choisir, ce que chacun fait vraiment bien, là où chacun se casse, et les questions à se poser avant d’arrêter un choix. Le cadrage de qui doit piloter un programme de transformation digitale couvre la dimension humaine ; celui-ci couvre la structure dans laquelle ces personnes s’inscrivent.
Les quatre modèles de gouvernance entre lesquels on choisit en pratique
La plupart des programmes de transformation fonctionnent selon l’une de quatre formes reconnaissables. Chacune est un vrai choix avec de vraies conséquences, pas une simple étiquette.
Comité de pilotage, un petit groupe d’exécutifs (sponsor, responsables métier, finance, parfois le DSI) se réunit à un rythme fixe pour valider périmètre, budget et jalons. Force : léger, peu coûteux, facile à mettre en place. Faiblesse : il est structurellement éloigné du delivery, et a tendance à devenir un point d’avancement mensuel où l’on lit des reports sans prendre de vraie décision. Adapté quand le programme est de taille modeste, que le sponsor est engagé au quotidien, et que l’équipe de delivery dispose de ses propres marges de décision entre deux comités.
Transformation office (TMO), une équipe dédiée qui détient la cadence, les dépendances, les risques, le reporting et les arbitrages transverses sur l’ensemble des initiatives de transformation. Force : une vraie capacité opératoire, une visibilité de bout en bout, un endroit où les décisions transverses atterrissent vraiment. Faiblesse : coûteux, lent à monter, et facile à transformer en hiérarchie parallèle que le métier finit par rejeter. Adapté quand plusieurs flux de transformation tournent en parallèle et doivent rester cohérents entre eux.
Modèle fédéré, chaque business unit, pays ou fonction pilote sa propre transformation sous un socle commun de principes, de standards et de garde-fous d’architecture. Force : les décisions se prennent au plus près du travail ; le modèle convient aux organisations décentralisées et aux structures fédérées. Faiblesse : les architectures se fragmentent, le même outil est acheté trois fois, et quand quelque chose va de travers, personne n’en porte la responsabilité à l’échelle de l’organisation. Adapté quand les unités sont réellement indépendantes et que la fonction centrale joue un vrai rôle de standards, pas de contrôle.
Centre d’excellence (CoE), une petite équipe centrale qui ne pilote pas les programmes mais les soutient par de l’expertise, des actifs réutilisables, des méthodes et de l’assurance qualité. Force : il bâtit une capacité durable plutôt que de simplement faire tourner le projet suivant. Faiblesse : sans discipline du côté de la demande, il devient une maison d’édition qui produit des playbooks que personne ne lit. Adapté quand l’organisation sait déjà délivrer correctement et a besoin de passer à l’échelle une capacité spécifique (data, sécurité, conduite du changement) de façon cohérente.
Les modèles hybrides, et pourquoi la plupart des organisations matures y finissent
Les formes pures ci-dessus sont utiles pour réfléchir, mais peu d’organisations réelles s’y tiennent longtemps. Un dispositif mature classique est un schéma en hub-and-spoke : un petit transformation office tient la cadence et les arbitrages transverses, des responsables fédérés à l’intérieur de chaque business unit pilotent leurs propres portefeuilles sous des standards partagés, et un centre d’excellence appuie l’ensemble par des méthodes réutilisables et de la montée en compétence. Le comité de pilotage existe toujours, mais il fixe le cap et examine les exceptions plutôt que de valider chaque jalon.
Ce type d’hybride n’a rien d’accidentel, il émerge parce que chacun des modèles purs est fort sur un point et faible sur un autre, et qu’un programme d’une certaine taille a besoin des forces de plus d’un. Le risque est l’inverse : empiler des couches sans en retirer aucune, et se retrouver avec un comité de pilotage, un transformation office, un CoE, des responsables embarqués et un conseil digital séparé. La gouvernance devient le travail, et le travail lui-même ralentit.
Comment choisir le modèle qui correspond à votre contexte
Quatre questions tranchent le choix en pratique.
Combien de flux de transformation distincts tournent en parallèle ? Un seul flux important ne justifie généralement pas un transformation office ; trois flux interdépendants ou plus le justifient presque toujours.
À quel point l’organisation est-elle déjà décentralisée ? Les structures fédérées tolèrent rarement bien un transformation office central ; tenter d’en installer un malgré tout produit une friction politique qui consomme plus d’énergie que le programme n’en crée.
Quelle est la maturité des fonctions de delivery ? Là où l’ingénierie, le produit, la data et la conduite du changement sont déjà solides, un CoE associé à un comité de pilotage léger suffit souvent. Là où ces fonctions sont immatures, un transformation office est la seule structure qui peut tenir simultanément la cadence et les standards.
Et quelle est l’ambition réelle ? Remplacer un CRM n’est pas le même problème de gouvernance que repenser le modèle opératoire d’une banque. Calez la structure sur la taille du changement, pas sur la taille du slide deck.
Ce dont chaque modèle a besoin, quelle que soit sa forme
Quel que soit le modèle retenu, quatre éléments doivent être en place, sinon la structure n’est qu’un organigramme. Un sponsor unique nommé, doté de l’autorité et de la volonté de défendre le périmètre quand les budgets se tendent. Un organe de décision suffisamment restreint pour qu’un vrai débat puisse y avoir lieu. Un rythme de décision fixe, où chaque séance se termine par des arbitrages et non par un simple compte rendu. Et des critères d’arrêt explicites, les conditions dans lesquelles un flux est stoppé ou réduit, fixées à l’avance, de sorte que la repriorisation soit un acte de gouvernance normal plutôt qu’un aveu d’échec.
Quand ces quatre éléments sont réunis, même un simple comité de pilotage peut gouverner un programme sérieux. Quand ils manquent, même le transformation office le plus élaboré ne peut pas le rattraper.
Conclusion
Les modèles de gouvernance sont des outils, pas des identités. Le bon modèle pour une organisation aujourd’hui peut être le mauvais dans dix-huit mois, quand le programme aura mûri ou que la structure de l’entreprise aura évolué. Les organisations qui gouvernent bien la transformation sont celles qui réinterrogent leur modèle de gouvernance avec la même discipline qu’elles appliquent au programme qu’il gouverne, et qui l’ajustent avant que les fissures ne deviennent coûteuses.
Le contexte plus large, séquencement, rôles de leadership, comportement de chaque modèle dans la durée d’un programme, est rassemblé dans le cluster transformation digitale. Et lorsque la question n’est plus « quel modèle copier dans un manuel » mais « quel modèle nous correspond, et comment le mettre en place sans paralyser le programme », c’est exactement ce sur quoi mon accompagnement transformation digitale est centré.
- Haja Faniry
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